une heure vingt-deux

On s’était pas vues depuis des semaines, et puis l’attraction des corps, la lumière, le parfum de ses cheveux. C’est comme, retomber doucement dans une vague qui nous emporte, je sais pas toujours comme dealer avec ça, moi non plus – je veux pas te briser, sûrement, je sais que mes mots te blessent parfois, la nuit.

Et puis il ya eu ses mains, je ne lui ai pas encore donné de nom, peut être. J’ai jamais couché avec un mec de 13 ans mon aîné, à deux ans presque. J’ai jamais baisé un père de famille. I’m not even sure I’d like to fuck him _ him to fuck me. 

Mais ses mains. 

L’amour. L’égoïsme. La simili liberté qui réduit l’espace offert aux autres. Ce ne serait pourtant pas plus simple sans cette polyberté, dans un monde idéal, on me retrouverait étouffant sous l’oppression sociale et la jalousie d’un choisi-pour-compte.

Je divague, souvent, je ne sais pas toujours qui je trompe, elle, ou lui. Je ne peux certainement pas considérer égaux tous les partis. 

Peut être que la nuit portera conseil.

Paris, J-20. 

Publicités

dix sept heures douze

Lentement je retrouve le mojo qui m’animait jadis, lentement l’énergie du désir qui me dévore, lentement je (m’)(t’)immole par l’envie qui (nous) brûle, et s’éparpille. 

J’ai envie d’elle, et de lui, de nous ensemble, de sexe(s) gonflé sous ma langue, sous la pression décisive de mes doigts, la cambrure de l’excitation pour rappeller les nuits fauves, nos corps endormis depuis bien trop longtemps. J’ai envie de liens, de morsures, de mains qui claquent sur la peau lisse, rouge soudain, abandon. J’ai envie qu’il me prenne comme avant, brutal et aimant, les mots qui glissent à mon oreille aussi doux que son sexe bandé entre mes cuisses.

Elle. Nos langues. Son regard affamé. Sa bouche. Son cul qu’elle aime tant cambrer. La chaleur de son ventre. Le parfum de sa nuque. Le chuchotis de nos plaisirs.

Mes fantasmes prennent les visages de ces amants mélangés, et le dessin complexe de leurs corps emmêlés – d’après photo, de celles soigneusement gravées dans ma mémoire. Le souvenir est si pur de nos tendresses, de l’amour triangulaire qui ne s’ignore plus vraiment, de l’attraction de nos mains. Entre nous deux je l’observe appeller mon nom. Entre nous deux je le regarde jouir. Ils sont beaux, mes amours réguliers, beaux comme l’orgasme qui nous absorbera tous l’un après l’autre, comme le sommeil qui tombera sur nos corps nus, comme l’érotisme violent émanant de cette nuit.

Minuit trente deux, ou peut être plus, on éteint.

 

seize heures trente

Et puis soudain, le vide.

J’ai lu quelque part que le courage, c’est pas pendant que tout arrive, c’est une fois que tout est terminé. Une fois que la vie reprend son cours. Une fois qu’on recommence à marcher sans béquilles.

Deux ans, deux ans et demi, trois ans. Je sais plus trop. Je réalise que Z s’est marié pratiquement trois ans pile après notre rupture. J’oublie souvent qu’on m’a passé la bague au doigt bien avant ça. Je me dis il y a X mois j’aurais jamais pensé en arriver là. Il y a X mois je pensais pas non plus tomber dans ce trou étrange, passer 4 mois – plus ? – à tenter tant bien que mal de respirer correctement, en asphyxie de la vie que je me suis construite, aspirée par un courant beaucoup plus fort que moi. Il y a X mois je n’imaginais pas qu’un jour j’aurais peur de moi-même, que je deviendrais cette anti-moi, le côté obscur de la peur.

Le petit monsieur du Lac St-Jean est revenu. Il m’a laissé sa carte – appelle-moi, si tu pars travailler ailleurs, appelle moi – telle une supplique. J’ai du mal à croire que ce petit monsieur a été un grand monsieur, avant, et pourtant. C’est entre mes mains qu’il s’abandonne, et retrouve doucement sa vigueur d’avant. Et puis il dit, assieds-toi, et me raconte sa virée à Vegas avec ses chums, on est une gang de glamblers, il dit avec un sourire d’enfant. Il me raconte que ses amis ont gagné, lui… il a trouvé le temps long. Mais il est venu, depuis l’aéroport, et me gratifie de ce sourire qui me remplit le coeur. Au moment de partir il serre mes mains, encore une fois. Vous êtes belle, je penserai à vous. 

C’est pour ce genre de clients que je masse. Pour tous les petits monsieurs qui ont encore, à leur âge, besoin de tendresse et d’amour. Pour ceux qui repartent avec un immense sourire et le coeur heureux.

Note to self : écrire sur cette nuit.

 

deux heures cinquante trois

C’est un soir à frapper du poing dans le mur. Un soir à pleurer et crier, si on y arrive, mais on y arrive plus. Un soir de trop plein, de ras le bol – le mot est trop beau – de fatigue, de ce truc qui s’assied sur ta poitrine et refuse d’en décoller. C’est un soir où on étouffe, de la fumée de clope, parce que personne n’en a rien à foutre que toi tu fumes pas et que ça te dérange de puer la fumée dégueulasse en rentrant, l’air pur est à tout le monde. Un soir vidé d’énergie, où l’odeur de l’autre a perdu son pouvoir apaisant dans l’alcool et la cigarette.

Ouvrir la petite bouteille. Avaler un cachet rose. Même pas besoin d’eau. Pour alléger la peine.

Mauvais mélanges

La nuit les deux chats sont gris, noir, c’est selon. Sur le balcon le bruit de l’air, je voudrais être seule et j’apprécie ce calme – la vie, ces bêtes à poil qui ne demandent qu’à manger et dormir, ronronnent infiniement. La nuit, ma mère m’accroche dans un mail parce que j’ai pas répondu à ses appels skype. La nuit, le monde s’inverse. Le jour là-bas, l’insomnie ici. Demain se dessine difficile après la nuit blanche. Je voudrais oublier ce qui a de l’importance. Je voudrais oublier ce qui me retient ici.

Après tout – nous ne savons plus qui nous sommes.

quatorze heures quarante cinq

Dans la salle de bains, j’ai l’habitude que le chat vienne pousser la porte et glisser son museau. C’est le vent qui pousse la porte, cette fois-ci, l’appartement est vide de la présence de tous ces gens, invités, voyageurs, amis, amants. Je ne sais plus être seule depuis longtemps, je me raccroche à d’autres présences et y harponne le baromètre de mes changements d’humeurs.

Je leur ai dit je veux être seule, mais j’ai peur aussi. C’est à peine calme dehors avec les travaux des voisins, j’ai fermé les fenêtres, ça n’en finit plus, il pleut, il ne pleut plus, il pleut encore, les feuilles rouges sur le bitume annoncent l’automne.

Je ne sais pas comment je me sens par rapport à ça. J’ai rêvé de cette annonce qui n’arrive pas et je voudrais dormir encore pour vivre ailleurs que face au temps qui s’écoule, ce courant dissolu qu’on ne peut arrêter. J’ai rendez-vous mercredi, 18 heures, 2e étage, 3e rencontre, 80$ de plus – je devrais lui dire, aussi, ma peur du temps qui passe, trop vite ou pas assez, des jours qui s’étirent en autant de semaines, de l’attente. J’ai rêvé que j’extirpais cette boule sanglante de mon ventre, comme on arrache un organe. Je l’ai jeté au sol, et je me suis vue le piétiner, consciente de l’acte inacceptable auquel je venais de procéder, dégoûtée du craquement dégueulasse. J’ai ouvert les yeux assise sur le fauteuil du 3e étage.

Je devrais lui dire, ça aussi.

J’ai le goût de me rouler en boule sous la couverte de plumes, la grosse couette qui lui tient si chaud. Fumer toute la journée, écouter GYBE, baiser bruyamment, boire du thé.

21 degrés celsius. On s’est baignés dans un lac il y a deux jours à peine. Il pleuvait mais on voudrait y croire, c’est encore un peu l’été.

dix heures vingt six

J’ouvre mon téléphone pour regarder Facebook, Twitter, Snapchatter une connerie. Je me souviens que je les ai tous supprimés un soir de pleine lune. Okcupid avec.

C’est mieux ainsi. Je dois faire l’effort d’ouvrir mon laptop pour rejoindre les communautés envahissantes. Je ne réponds plus au téléphone. Je ne suis là pour personne. Textez-moi, en cas d’urgence.

Je ne sais pas comment je me sens avec ça. Pas pire, sûrement. 

J’ai conservé Instagram. J’y affiche la liste de mes névroses en autant de lignes de commentaires compatissants. Un « ami » m’a dit, parle, exprime tes angoisses, ça te fera du bien. On t’écoutera. Du moins, ils feront semblant de comprendre. L’illusion soigne.

Un « ami » a raison. Même si rien de tout ceci n’apporte une solution au problème, je me sens un peu moins seule. Même si j’ai l’impression d’avoir mis trop longtemps à accepter que je ne vais pas bien.

Avant hier, j’ai quitté M. Je le regrette, et puis je sais que c’est une bonne chose – pour moi, pour elle, pour nous trois. 

Elle me manque. Je voudrais revenir en arrière et stopper la machine avant qu’il ne soit trop tard. C’est déjà le cas. 

J’ai encore rêvé de cette gare routière qui n’existe pas, ce bus pour rentrer chez moi, ce quai que je ne trouve pas. 

Help yourself Freud, j’attends ton verdict. 

une heure zéro sept (du matin)

La nuit tous les chats sont gris, je ne regarde pas par la fenêtre mais j’écoute – les bruits de la rue, le camion, les pompiers du coin d’à côté, les cyclistes, les amoureux nocturnes. C’est le jour que j’observe par derrière les rideaux, il n’y a souvent rien, le coin de rue est si calme. Des gens qui promènent leur chien. Les voisins qui vident leur stock de garage sur le trottoir. Les amoureux main dans la main. Et puis parfois, j’écris.

La fin de semaine on était au chalet – on dit « au chalet » comme si c’était toujours le même mais on se doute bien ici qu’aucun d’entre nous n’a les moyens d’une résidence secondaire, alors on va sur Airbnb et on se croit chez nous le temps d’un week end, on dirait qu’on serait des adultes. Là, on fait des brunchs avec des kilos de crêpes au Nutella et du bacon au four, on joue à des jeux, on chille dans les hamacs, on ouvre un tas de bouteilles de vin, et on se baigne dans le lac, tard, et nus.

C’est une expérience le bain nocturne, l’eau noire et les nuages, on a accroché une frontale sur le deck pour retrouver notre chemin et on a plongé. Pas de culotte qui glisse sur mes cuisses cette fois, juste la sensation de l’eau sur ma peau nue, flotter, fermer les yeux, s’imaginer dans un film de peur avec des poissons qui prendraient leur bite pour hameçon, rire un peu. On est des ados, presque responsables, avec la gravité conférée par les années de lutte. Et puis on s’est collés sous les couvertures pour se réchauffer – c’est froid l’eau d’un lac à minuit – ses tétons dressés comme gorgés de désir, nos cheveux mouillés, sa queue tendue sous la pression de nos mains. Alors on s’est déshabillés encore, et fuck the shit out of reality. Comme ça, avec l’ami qui dormait plus haut et les autres qui baisaient plus bas. 

Une, deux, trois. Tendresse et douceur, et sa bouche et sa langue. C’est là que j’ai perdu le compte. 

J’ai dormi entre eux deux, rassurée, réconfortée. Il parait qu’ils ont eu chaud, il parait que j’ai bougé, il parait même que je me suis levée. 

Je ne me souviens de rien –
– peut être que j’ai rêvé.